Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Déposer le bilan : la déclaration de cessation des paiements
Lorsque votre entreprise ne peut plus régler ses dettes échues avec l'argent dont elle dispose, elle est en cessation des paiements. Vous devez alors le déclarer au Tribunal dans les 45 jours : c'est ce qu'on appelle couramment « déposer le bilan ». Cette déclaration demande au Tribunal d'ouvrir un redressement ou une liquidation judiciaire. Voici l'essentiel à connaître avant d'agir.
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Êtes-vous en cessation des paiements ?
Selon le Code de commerce, une entreprise est en cessation des paiements lorsqu'elle est « dans l'impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible ». On parle aussi, dans le langage courant, de cessation de paiement. Concrètement, on compare deux montants :
- le passif exigible : les dettes arrivées à échéance, dont le paiement peut être réclamé dès maintenant (fournisseurs, loyers, cotisations sociales, impôts, échéances de prêt, salaires…) ;
- l'actif disponible : ce que l'entreprise peut utiliser tout de suite pour payer, c'est-à-dire sa trésorerie.
Un découvert autorisé ou un délai de paiement accordé par un créancier est pris en compte : il peut suffire à éviter la cessation des paiements. À l'inverse, un stock, du matériel ou un immeuble ne permettent pas de payer tant qu'ils ne sont pas vendus : une entreprise peut donc être en cessation des paiements tout en possédant des biens de valeur.
Si vous n'êtes pas encore en cessation des paiements, n'attendez pas : des solutions permettent d'anticiper, de façon confidentielle (mandat ad hoc, conciliation) ou sous la protection du Tribunal (procédure de sauvegarde). Pour les exploitants agricoles, le règlement amiable agricole remplace la conciliation.
Si votre entreprise peut au contraire régler toutes ses dettes et que vous souhaitez simplement arrêter votre activité, la fermeture se fait à l'amiable : dissolution, liquidation puis radiation.
Un délai de 45 jours à respecter
La demande d'ouverture doit être déposée au plus tard dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, sauf si une conciliation a été demandée dans ce délai.
Ne laissez pas passer ce délai : attendre aggrave presque toujours la situation, les dettes s'accumulent et les solutions se réduisent. Le dirigeant qui a sciemment omis de demander l'ouverture d'une procédure dans ce délai s'expose en outre à une interdiction de gérer ; et si sa société est ensuite liquidée, un retard peut lui être reproché comme une faute de gestion.
Vous ne savez pas depuis quand votre entreprise est en cessation des paiements ou le délai de 45 jours est dépassé ? Ouvrez la procédure sans tarder et parlez-en à votre avocat, car cette date a des conséquences importantes.
La période suspecte : les gestes à éviter avant de déposer
Le Tribunal ne se contente pas de constater la cessation des paiements : il en fixe la date dans son jugement. Cette date peut être reportée jusqu'à dix-huit mois avant le jugement d'ouverture. La période qui sépare l'une de l'autre porte un nom : la période suspecte.
Les actes passés pendant cette période peuvent être remis en cause. La loi en annule certains d'office :
- le paiement d'une dette qui n'était pas encore échue ;
- le paiement d'une dette échue par un moyen inhabituel dans les affaires, par exemple la remise d'un bien en règlement ;
- une hypothèque, un gage ou un nantissement consenti pour garantir une dette déjà née ;
- un contrat dans lequel ce que vous devez dépasse notablement ce que vous recevez : la vente d'un véhicule ou d'un matériel à un prix de complaisance, par exemple ;
- une donation ou tout autre acte à titre gratuit, qui peut même être annulé lorsqu'il a été consenti dans les six mois qui précèdent la date de cessation des paiements.
D'autres actes peuvent être annulés, cette fois si celui qui a traité avec vous savait que vous étiez en cessation des paiements : le paiement d'une dette échue, ou la vente d'un bien, même à son juste prix.
Les conséquences sont concrètes : le créancier payé doit restituer, le bien vendu revient dans l'actif, la garantie tombe. Et le dirigeant qui a avantagé un créancier s'expose pour sa part à des sanctions personnelles.
Le réflexe naturel — régler d'abord le fournisseur dont on a besoin, ou la banque qui détient votre engagement de caution — est donc précisément celui qu'il faut éviter. Avant d'agir, parlez-en à votre avocat.
À l'inverse, un accord de conciliation homologué protège : sauf fraude, la date de cessation des paiements ne pourra pas être fixée avant la décision qui a homologué cet accord.
Redressement ou liquidation judiciaire ?
La déclaration de cessation des paiements est aussi une demande : vous demandez au Tribunal d'ouvrir un redressement judiciaire ou une liquidation judiciaire.
- Le redressement judiciaire permet de poursuivre l'activité pendant une période d'observation, sous le contrôle du Tribunal, le temps de préparer un plan de redressement aux fins d'obtenir un « échéancier » vous permettant de rembourser vos créanciers sur 10 ans au plus (ou 15 ans pour les entreprises agricoles).
- La liquidation judiciaire s'impose lorsque le redressement est manifestement impossible : elle met fin à l'activité, et les biens de l'entreprise sont vendus pour payer les créanciers.
Le choix dépend de votre activité, de vos perspectives et de votre situation personnelle. C'est le premier point que votre avocat examine avec vous, avant tout dépôt.
Le cabinet vous accompagne pour l'une et l'autre : le redressement judiciaire sous forme d'abonnement mensuel, à partir de 399 € HT par mois ; la liquidation judiciaire pour un forfait de 399 € HT lorsque le chiffre d'affaires est inférieur à 500 000 €, et de 599 € HT jusqu'à 750 000 €. Honoraires hors frais et débours.
Auprès de quel Tribunal ?
La déclaration se dépose au greffe du Tribunal dont dépend le siège de votre entreprise :
- le Tribunal de commerce, si vous exercez une activité commerciale ou artisanale ;
- le Tribunal judiciaire dans les autres cas : activité agricole, y compris en société, profession libérale, société civile, agent commercial, etc.
Le cabinet intervient auprès des Tribunaux de commerce et judiciaires de Toulouse, Foix, Albi, Castres, Montauban, Auch, Agen, Tarbes, Pau, Carcassonne et Narbonne, ainsi que devant le Tribunal judiciaire de Saint-Gaudens. Le dossier en ligne vérifie automatiquement que votre siège social s'y trouve.
Pour une liquidation judiciaire, le cabinet intervient également devant les Tribunaux de Cahors, Rodez, Brive-la-Gaillarde, Mont-de-Marsan, Bordeaux, Montpellier, Béziers, Perpignan, Nîmes et Bayonne, ainsi que devant les Tribunaux de commerce de Paris et de Créteil, moyennant un forfait de déplacement annoncé avant la signature.
Les documents à joindre
La loi impose de joindre à la déclaration plusieurs documents, datés, signés et certifiés sincères et véritables par vous, notamment :
- les comptes annuels du dernier exercice ;
- l'état du passif exigible et de l'actif disponible ;
- une situation de trésorerie de moins d'un mois ;
- l'état chiffré des créances et des dettes, avec le nom et l'adresse de chaque créancier ;
- l'état des sûretés (garanties) et des engagements hors bilan ;
- l'inventaire sommaire des biens de l'entreprise ;
- le nombre de salariés, avec le nom et l'adresse de chacun, et le chiffre d'affaires du dernier exercice ;
- une attestation sur l'honneur concernant les mandats ad hoc et les conciliations des 18 derniers mois.
Plusieurs de ces états doivent être établis à la date de la demande, ou dans les 7 jours qui la précèdent. Si un document ne peut pas être fourni, la demande en indique la raison.
Dans la pratique, il est possible d'ouvrir une procédure même en l'absence de certains de ces documents.
Pas d'inquiétude : avec le dossier en ligne, vous transmettez seulement les pièces essentielles (comptes annuels, dernier relevé bancaire, factures et échéances impayées, pièce d'identité, liste du personnel si vous employez des salariés). Le cabinet établit ensuite la déclaration et ses annexes, et vous demande ce qui manque.
Après le dépôt : l'audience et le jugement
Le Tribunal vous convoque à une audience en Chambre du Conseil, c'est-à-dire hors la présence du public. Il vous y entend sur la situation de l'entreprise, puis rend son jugement :
- s'il ouvre un redressement judiciaire, l'activité se poursuit pendant une période d'observation de 6 mois, renouvelable par la suite, avec un mandataire judiciaire, qui représente les créanciers, et, le cas échéant, un administrateur judiciaire, chargé de vous assister dans votre gestion ;
- s'il prononce la liquidation judiciaire, il désigne un liquidateur judiciaire, qui agit désormais à votre place ; l'activité cesse, sauf si le Tribunal autorise son maintien provisoire.
Dès le jugement, les poursuites des créanciers pour les dettes antérieures sont arrêtées, et ces dettes ne peuvent plus être payées, sauf exceptions : les créanciers doivent les déclarer au mandataire judiciaire ou au liquidateur ; la liste de vos créanciers que vous remettez vaut d'ailleurs déclaration présumée pour les créances qui y figurent, tant que leur titulaire ne les a pas déclarées lui-même. Les salaires impayés sont avancés par l'AGS, le régime qui garantit le paiement des salaires lorsque l'entreprise ne peut plus les verser, dans certaines limites.
Si vous vous êtes porté caution des dettes de votre entreprise, le redressement judiciaire suspend les poursuites contre vous jusqu'au jugement qui arrête le plan ou prononce la liquidation ; la liquidation judiciaire ne prévoit pas cette suspension. C'est l'un des points à examiner avec votre avocat.
Faut-il un avocat ?
Non : la loi ne vous y oblige pas, et vous pouvez déposer vous-même la déclaration au greffe. Mais cette déclaration engage l'avenir de votre entreprise, et parfois le vôtre. Votre avocat :
- vérifie avec vous que la cessation des paiements est bien caractérisée, et qu'une solution amiable n'est plus envisageable ;
- choisit avec vous la procédure à demander, redressement ou liquidation ;
- rédige une déclaration complète et exacte, avec ses annexes, et la dépose au greffe ;
- prépare l'audience avec vous et vous y assiste ;
- vous accompagne ensuite : en redressement, pendant la période d'observation et jusqu'au plan ; en liquidation, pour collaborer avec le liquidateur judiciaire, notamment en lui remettant la liste de vos créanciers dans les 8 jours ;
- veille à vos intérêts de dirigeant : cautions personnelles, patrimoine, responsabilité.
Votre dossier en ligne, en 4 étapes
Vos informations, votre signature, votre règlement, puis votre entretien téléphonique : l'avocat contrôle votre dossier et vous appelle avant tout dépôt.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
Cabinet BAUMES · Me Vincent BAUMES, Avocat au Barreau de TOULOUSE · https://baumes-avocat.com/declaration-cessation-des-paiements.html