Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Le redressement judiciaire, étape par étape
Le redressement judiciaire permet à une entreprise en cessation des paiements de poursuivre son activité, sous le contrôle du Tribunal, le temps de bâtir un plan d'apurement de ses dettes. Voici comment se déroule la procédure, de la demande d'ouverture au plan de redressement.
Nos guides
À qui s'adresse le redressement judiciaire ?
Le redressement judiciaire concerne l'entreprise en cessation des paiements, c'est-à-dire qui ne peut plus faire face à ses dettes exigibles avec sa trésorerie disponible, lorsque son redressement reste possible. Il s'applique aux commerçants et aux artisans, aux agriculteurs, aux professions libérales et aux autres indépendants, ainsi qu'aux sociétés et aux autres personnes morales de droit privé, comme les associations.
Si votre entreprise n'est pas encore en cessation des paiements, des solutions plus discrètes existent : elles sont présentées dans notre page consacrée à la prévention des difficultés. Si, au contraire, son redressement est manifestement impossible, c'est la liquidation judiciaire qui s'impose.
L'ouverture de la procédure
Le plus souvent, la procédure s'ouvre à votre demande, par la déclaration de cessation des paiements, à déposer au Tribunal dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements : notre guide du dépôt de bilan l'explique en détail. Elle peut aussi être ouverte à la demande d'un créancier, qui vous assigne, ou du ministère public. Si vous avez été assigné, prenez directement contact avec le cabinet.
Le Tribunal vous entend en Chambre du Conseil, hors la présence du public, puis rend son jugement. S'il ouvre le redressement judiciaire, il désigne les organes de la procédure et fixe la période d'observation.
Les acteurs de la procédure
Le jugement d'ouverture désigne :
- le Juge-commissaire, un juge du Tribunal chargé de veiller au bon déroulement de la procédure ;
- le mandataire judiciaire, qui représente l'ensemble des créanciers : c'est à lui qu'ils déclarent leurs créances ;
- le cas échéant, un administrateur judiciaire, chargé de vous assister dans votre gestion ou d'assurer lui-même tout ou partie de l'administration de l'entreprise. Il est obligatoire si l'entreprise compte au moins 20 salariés ou réalise un chiffre d'affaires d'au moins 3 millions d'euros hors taxes ; en dessous, le Tribunal peut en désigner un s'il l'estime utile.
En redressement judiciaire, vous restez à la tête de votre entreprise : c'est l'une des différences essentielles avec la liquidation judiciaire.
La période d'observation
Le jugement qui ouvre le redressement judiciaire fixe une période d'observation de 6 mois au plus, renouvelable une fois pour 6 mois au plus ; à la demande du procureur de la République, le Tribunal peut exceptionnellement la prolonger encore de 6 mois au plus, soit 18 mois au total. Pendant cette période, l'activité continue, et l'on vérifie si l'entreprise peut être redressée.
Pendant la période d'observation, le Tribunal vous convoque pour suivre la procédure et statuer sur sa poursuite. Devant le Tribunal de commerce, par exemple :
- tous les deux mois, pour la prorogation de la période d'observation ;
- à 6 mois, pour son renouvellement ;
- à 12 mois, pour l'adoption du plan de redressement.
Chaque Juridiction a ses usages et ses spécificités, que votre avocat connaît pour y intervenir régulièrement. Au Tribunal de commerce de Toulouse, par exemple, la Juridiction vous convoque devant le Juge-commissaire avant chacune des audiences devant la Chambre du Conseil et ce pour faire le point et préparer cette audience.
Au plus tard deux mois après le jugement d'ouverture, le Tribunal vérifie que l'entreprise dispose de capacités de financement suffisantes pour continuer. S'il apparaît, à tout moment de la période d'observation, que le redressement est manifestement impossible, il prononce la liquidation judiciaire. À l'inverse, si l'entreprise dispose des sommes suffisantes pour régler ses créanciers et les frais de la procédure, le Tribunal peut, à votre demande, mettre fin à la procédure.
Ce que change le jugement d'ouverture
- Les poursuites des créanciers pour les dettes antérieures au jugement sont arrêtées : les procès en paiement et les saisies sont interrompus ou interdits.
- Ces dettes antérieures ne peuvent plus être payées, sauf exceptions : elles seront réglées dans le cadre du plan. Les créanciers, à l'exception des salariés, doivent les déclarer au mandataire judiciaire, dans les 2 mois de la publication du jugement au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC).
- Les dettes nées après le jugement pour les besoins de la période d'observation, ou en contrepartie d'une prestation fournie pendant cette période, doivent en revanche être payées à leur échéance : loyers, fournisseurs, cotisations, salaires…
- Les contrats en cours (bail, fournitures, crédit-bail…) ne peuvent pas être résiliés du seul fait de l'ouverture de la procédure. L'administrateur, ou vous-même avec l'accord du mandataire judiciaire s'il n'y a pas d'administrateur, peut en exiger la poursuite : les prestations fournies après le jugement doivent alors être payées comptant, sauf délais accordés par le cocontractant.
- Les salaires impayés à la date du jugement sont avancés par l'AGS, le régime qui garantit le paiement des salaires lorsque l'entreprise ne peut plus les verser, dans certaines limites.
- Si vous vous êtes porté caution des dettes de votre entreprise, les poursuites contre vous sont suspendues jusqu'au jugement qui arrête le plan ou prononce la liquidation ; vous pourrez ensuite vous prévaloir des délais et des remises accordés par le plan.
Cautions, patrimoine, responsabilité : notre page consacrée au dirigeant d'entreprise en difficulté fait le point sur ce que la procédure change pour vous personnellement.
Vos salariés pendant la période d'observation
L'ouverture du redressement judiciaire ne rompt aucun contrat de travail. Vos salariés restent en poste, et les salaires dus avant le jugement sont avancés par l'AGS, dans certaines limites.
Si l'activité ne permet plus de conserver tout l'effectif, un licenciement pour motif économique reste possible pendant la période d'observation, mais à une condition : il doit être autorisé par le Juge-commissaire, qui ne l'accorde que si les licenciements envisagés sont urgents, inévitables et indispensables.
Deux points méritent votre attention :
- lorsqu'aucun administrateur judiciaire n'a été désigné, ce qui est le cas courant dans les entreprises de moins de 20 salariés, c'est à vous, chef d'entreprise, de présenter cette demande au Juge-commissaire ;
- la lettre de licenciement doit mentionner l'ordonnance qui vous y autorise. Un licenciement prononcé sans cette autorisation, ou une lettre qui l'omet, prive la rupture de cause réelle et sérieuse : le salarié peut alors obtenir des dommages et intérêts.
Les licenciements pour motif personnel, eux, suivent les règles habituelles.
Votre avocat prépare cette demande avec vous et veille à la rédaction des lettres.
Votre bail commercial
Le local est souvent l'essentiel de la valeur d'une entreprise commerciale ou artisanale. La procédure le protège.
Le bail ne peut pas être résilié du seul fait de l'ouverture de la procédure, et toute clause contraire est sans effet. Les loyers dus avant le jugement suivent le sort des autres dettes antérieures : le bailleur les déclare au mandataire judiciaire, et ne peut plus vous les réclamer directement.
Pour les loyers dus après le jugement, le bailleur retrouve son droit d'agir, mais seulement au terme d'un délai de trois mois à compter du jugement d'ouverture. Et si ces loyers sont réglés avant la fin de ce délai, la résiliation n'est plus encourue.
Enfin, si vous devez interrompre l'exploitation pendant la période d'observation, cette interruption n'entraîne pas à elle seule la résiliation du bail, quelles que soient les clauses du contrat.
Le plan de redressement
Pendant la période d'observation, un projet de plan est préparé avec vous. Il prévoit les mesures qui permettront de redresser l'entreprise et un « échéancier » pour rembourser vos créanciers sur 10 ans au plus (ou 15 ans pour les entreprises agricoles). Le mandataire judiciaire recueille l'avis des créanciers sur les délais et les éventuelles remises proposés.
Le Tribunal arrête le plan par un jugement. Un commissaire à l'exécution du plan veille ensuite à son respect. Si vous ne respectez pas vos engagements, le Tribunal peut mettre fin au plan ; si l'entreprise est de nouveau en cessation des paiements, il met fin au plan et prononce la liquidation judiciaire.
Une autre issue est possible : si aucun plan ne permet de redresser l'entreprise, le Tribunal peut, à la demande de l'administrateur judiciaire, ordonner sa cession, en tout ou partie, à un repreneur.
Votre rôle
En tant que chef d'entreprise, vous devez assister aux audiences et aux entretiens avec les organes de la procédure (Juge-commissaire, mandataire judiciaire et, le cas échéant, administrateur judiciaire), collaborer avec eux et répondre avec diligence à leurs demandes.
Le rôle de votre avocat
Votre avocat intervient à chaque stade de la procédure. Il assure notamment :
- la déclaration de cessation des paiements et l'audience d'ouverture ;
- les entretiens éventuels devant le Juge-commissaire ;
- les audiences sur la prorogation et le renouvellement de la période d'observation, puis sur l'adoption du plan ;
- les rendez-vous avec le mandataire judiciaire et, le cas échéant, l'administrateur judiciaire ;
- la préparation de ces audiences et rendez-vous, avec vous et votre expert-comptable ;
- la rédaction et la présentation du projet de plan de redressement.
Le cabinet vous accompagne sous forme d'abonnement mensuel, de 399 € à 799 € HT par mois selon votre chiffre d'affaires, hors frais et débours. Votre engagement est, en pratique, de 6 mois avec faculté d'extension automatique de 6 mois en cas de renouvellement de la période d'observation par la Juridiction. L'abonnement est dû jusqu'au jugement homologuant le plan de redressement, ou prononçant la conversion en liquidation judiciaire.
Le cabinet intervient auprès des Tribunaux de commerce et judiciaires de Toulouse, Foix, Albi, Castres, Montauban, Auch, Agen, Tarbes, Pau, Carcassonne et Narbonne, ainsi que devant le Tribunal judiciaire de Saint-Gaudens.
Votre dossier en ligne, en 4 étapes
Vos informations, votre signature, votre règlement, puis votre entretien téléphonique : l'avocat contrôle votre dossier et vous appelle avant tout dépôt.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
Cabinet BAUMES · Me Vincent BAUMES, Avocat au Barreau de TOULOUSE · https://baumes-avocat.com/redressement-judiciaire.html