Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Désendetter une exploitation agricole : les solutions avant toute procédure
Quand les dettes s'accumulent, il n'y a que deux issues. Soit la situation peut encore être redressée, et il existe pour cela des solutions concrètes. Soit elle est trop obérée, et c'est la procédure collective. Ce qui fait la différence, c'est le moment où l'on s'y prend : une fois la procédure ouverte, aucune de ces solutions n'est plus possible.
Nos guides
Pourquoi le moment compte plus que tout
Toutes les solutions décrites dans cette page supposent que vous puissiez encore vendre, acheter, emprunter et signer librement. C'est le cas tant qu'aucune procédure collective n'est ouverte. Après, ce n'est plus vous qui décidez.
En sauvegarde et en redressement judiciaire, tout acte de disposition étranger à la gestion courante de l'exploitation suppose l'autorisation du Juge-commissaire ; et lorsque l'acte peut avoir une incidence déterminante sur l'issue de la procédure, l'avis du ministère public est en outre requis. En liquidation judiciaire, vous êtes dessaisi de l'administration et de la disposition de votre patrimoine professionnel : c'est le liquidateur qui exerce vos droits.
En pratique, sauf cas exceptionnel, aucune restructuration de ce type n'est autorisée une fois la procédure ouverte. Ce n'est donc pas une question de difficulté : c'est un autre régime.
Il existe une seconde limite, moins connue, qui joue avant même l'ouverture. Si l'exploitation est déjà en cessation des paiements au moment où elle vend un bien ou règle un créancier plutôt qu'un autre, l'acte peut être annulé par le Tribunal. Le Tribunal peut en effet faire remonter la date de cessation des paiements jusqu'à dix-huit mois en arrière, et tout ce qui a été fait pendant cette période devient fragile.
D'où une règle simple : ces solutions se décident tôt, pendant que l'exploitation paie encore ses échéances.
Commencer par comprendre d'où vient le déficit
Une exploitation ne s'endette pas par hasard. Avant de vendre quoi que ce soit, il faut savoir ce qui coûte, ce qui rapporte, et ce qui pèse sans rien rapporter.
Me Vincent BAUMES se déplace donc sur l'exploitation, au besoin avec le chargé de clientèle d'un cabinet d'expertise comptable rural avec lequel il travaille. On regarde les comptes, bien sûr, mais surtout le système : l'assolement, le matériel et son taux d'utilisation réel, les crédits-baux en cours, les annuités d'emprunt, la main-d'œuvre, les débouchés, etc.
Pour que cette visite serve, réunissez à l'avance les comptes annuels avec leurs annexes, les baux, les contrats conclus avec les coopératives, les crédits-baux, les contrats de prêt en cours, et tout autre engagement qui pèse sur l'exploitation. L'annexe compte autant que le bilan : c'est là que figurent les engagements hors bilan — crédit-bail, cautions, sûretés consenties — dont le bilan seul ne dit rien. Si certains documents manquent, ce n'est pas un obstacle : on commence avec ce dont vous disposez.
De cette visite sort un constat simple : le déficit vient-il d'un accident ponctuel, d'un endettement trop lourd, ou d'un modèle de production qui ne couvre plus ses charges ? Les solutions ne sont pas les mêmes, et aucune décision ne se prend avant d'avoir vu.
Réduire les charges avant de vendre quoi que ce soit
C'est le premier levier, et le plus durable : vendre du matériel pour payer des dettes sans rien changer au système, c'est reculer pour mieux tomber.
Un changement de production peut faire tomber les charges dans des proportions considérables. Un exploitant qui passe des céréales à la luzerne, par exemple, supprime l'essentiel de ses engrais azotés et de ses traitements, réduit fortement ses passages de matériel, et se sépare souvent d'une partie de son parc.
Une précision s'impose toutefois : des charges divisées ne sont pas un résultat multiplié. Le produit brut baisse lui aussi, et un tel changement suppose des terres qui s'y prêtent et un débouché assuré. C'est précisément ce que la visite permet de vérifier avant de décider.
Moins de matériel, cela signifie aussi moins de crédits-baux. Ces contrats se renégocient avec l'établissement financier ; le plus souvent, on lève l'option d'achat pour revendre ensuite le matériel. Ce point mérite d'être compris : tant que le crédit-bail court, le matériel ne vous appartient pas, vous ne pouvez donc ni le vendre, ni le donner en garantie. Lever l'option, c'est en devenir propriétaire — et retrouver la liberté d'en faire quelque chose.
Décapitaliser : cheptel, matériel, terres
Décapitaliser, c'est transformer en argent une partie de ce que l'exploitation possède : du cheptel, du matériel, parfois des terres. L'opération allège le bilan et dégage de la trésorerie, mais elle réduit aussi la capacité de production : son ampleur doit être calculée, pas subie. Il n'existe pas d'ordre type : ce que l'on vend en premier dépend de chaque exploitation.
La vente de terres demande une préparation particulière. Deux droits de préemption se superposent : celui de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural, la SAFER, et celui du preneur en place lorsque les terres sont louées. Ces droits doivent être purgés avant toute signature. La SAFER dispose de deux mois pour faire connaître sa décision, à compter d'une notification complète adressée par le notaire ; certaines proposent un examen accéléré, moyennant une participation, mais rien ne le garantit. Entre la décision de vendre et l'argent encaissé, il faut donc compter des mois : une raison de plus de s'y prendre tôt.
Les conséquences fiscales d'une décapitalisation — plus-values, étalement, régime applicable — sont à examiner avec votre expert-comptable avant de signer, et non après.
La vente en réméré : puissante, et dangereuse
Le réméré est une vente assortie d'une faculté de rachat : vous vendez un bien, vous en encaissez le prix, et vous conservez le droit de le reprendre dans un délai convenu. Appliqué à une exploitation agricole, il porte principalement sur les terres. Il permet de dégager rapidement une somme importante sans perdre définitivement le bien — à deux conditions, qui sont aussi ses deux pièges.
Le premier est connu : la loi plafonne la faculté de rachat à cinq ans. Un délai stipulé plus long est automatiquement ramené à cinq ans, et aucune prolongation n'est possible. Si le rachat n'intervient pas dans ce délai, l'acquéreur devient propriétaire irrévocable : le bien est définitivement perdu.
Un second piège, moins connu. Pendant toute la durée du réméré, vous continuez d'exploiter des terres qui ne vous appartiennent plus, et le prix que vous payez pour cela est fixé librement entre les parties : il est sans rapport avec le barème préfectoral qui encadre le fermage ordinaire. À l'hectare, la différence est considérable, et elle pèse chaque année sur une exploitation déjà fragile. C'est une raison de plus pour ne signer un réméré qu'après avoir chiffré, année par année, ce que coûtera la période de rachat.
Autrement dit, un réméré n'a de sens que si le plan de remboursement qui l'accompagne est crédible, chiffré, et tenu. C'est l'outil le plus puissant de cette page, et de loin le plus risqué. Il ne se signe pas sans avoir vérifié, avec l'avocat et le notaire, que le rachat sera possible le moment venu.
Transformer le matériel en trésorerie : l'effet de levier
Le matériel agricole représente souvent une valeur immobilisée considérable, qui ne produit aucune trésorerie. Il existe un moyen de la libérer sans se priver de l'outil.
Le principe : une société nouvelle est créée — généralement une SARL ou une SAS, détenue par l'exploitant et sa famille —, qui rachète le matériel de l'exploitation grâce à un prêt bancaire, puis le loue à l'exploitation. Celle-ci encaisse le prix de vente — de la trésorerie immédiate, qui sert à désendetter — tout en continuant d'utiliser ses machines.
Ce montage suppose une condition impérative : l'exploitation ne doit pas avoir de dette envers la banque qui finance, ni envers un autre établissement, et le matériel doit être libre de toute garantie. La raison est simple. La banque qui prête à la structure nouvelle prend le matériel en garantie et le veut libre de tout gage. Si l'exploitation lui doit déjà de l'argent, elle affectera le prix au remboursement de son propre prêt : l'opération ne dégagera plus rien pour les autres créanciers. Et aucun établissement ne finance une structure adossée à une exploitation déjà en défaut chez lui.
Une précaution, enfin. La société nouvelle étant détenue par l'exploitant et sa famille, les loyers doivent correspondre au prix du marché et les actes être datés et réguliers. À défaut, en cas de procédure ultérieure, un liquidateur pourrait soutenir que les deux patrimoines sont confondus et demander l'extension de la procédure à la société nouvelle. C'est l'une des raisons pour lesquelles ce montage ne s'improvise pas.
Créer un revenu nouveau : le bâtiment photovoltaïque
La trésorerie dégagée peut servir à payer des dettes. Elle peut aussi, lorsque la situation le permet, servir à construire un bâtiment destiné à porter une installation photovoltaïque — et donc à créer un revenu qui n'existait pas.
Les sociétés qui exploitent ces installations proposent deux formules très différentes. Dans la première, la société construit le bâtiment à ses frais et exploite les panneaux : elle ne verse aucun loyer, l'exploitant utilise le hangar pendant toute la durée du contrat et en devient propriétaire au bout d'une trentaine d'années. Rien à investir, mais rien à encaisser non plus : cette formule apporte un bâtiment, pas de la trésorerie.
Dans la seconde, c'est l'exploitation qui construit le bâtiment et met la toiture à disposition. La société verse alors, à son choix, une somme en une fois au départ, ou un loyer annuel payable d'avance pendant une trentaine d'années. Les montants dépendent de la taille du bâtiment, de son orientation et de la société avec laquelle l'opération se fait : aucun chiffre ne peut être annoncé à l'avance.
Dans cette seconde formule, le choix du loyer est presque toujours préférable, et pour une raison qui n'est pas évidente : une créance de loyers peut être mobilisée. Une banque accepte d'avancer immédiatement une somme contre la cession de ces loyers futurs. Le total ainsi obtenu dépasse en général nettement ce qu'aurait rapporté le versement unique.
Cet argent sert alors à solder le prêt de la société qui a racheté le matériel, donc à régler indirectement les dettes de l'exploitation — ou, lorsque le site s'y prête, à construire un second bâtiment, qui produira à son tour.
Un point de calendrier, enfin : il s'écoule environ un an entre la décision et le premier euro encaissé. Le temps du permis de construire, du raccordement et de la mise en service. C'est une raison de plus pour engager ces démarches tôt, et non lorsque les échéances sont déjà impayées.
Et lorsque c'est trop tard
Il arrive que la situation soit trop obérée : les dettes dépassent ce que l'exploitation peut dégager, même restructurée. Il faut alors le dire clairement, et sans attendre.
Dès lors que l'exploitation ne peut plus régler ses dettes échues avec l'argent dont elle dispose, elle est en cessation des paiements, et la loi impose de saisir le Tribunal dans les quarante-cinq jours. Selon la situation, la voie sera le règlement amiable agricole, la sauvegarde, le redressement judiciaire ou la liquidation judiciaire.
Ce n'est pas un échec, et ce n'est pas la fin : une procédure ouverte à temps protège l'exploitant, gèle les poursuites et laisse une chance au redressement. C'est une procédure ouverte trop tard qui coûte cher.
Le rôle de votre avocat
Aucune de ces opérations n'est un acte isolé : elles s'enchaînent, et chacune conditionne la suivante. Lever l'option d'un crédit-bail n'a de sens que si le matériel peut ensuite être vendu ; vendre le matériel n'a de sens que si la trésorerie obtenue trouve un emploi utile.
Me Vincent BAUMES conduit cet enchaînement : il établit le diagnostic avec vous, au besoin avec le chargé de clientèle du cabinet d'expertise comptable rural, il arrête la stratégie, il prépare les actes avec un notaire, et il vérifie à chaque étape que l'opération ne pourra pas être remise en cause plus tard — ni comme acte de la période suspecte, ni comme confusion de patrimoines.
Si la restructuration n'est pas possible, il le dit, et prépare alors la procédure collective dans les délais.
Les honoraires de cette mission sont établis sur devis, dans une convention d'honoraires écrite signée avant toute intervention.
Votre exploitation est endettée ?
Parlons-en avant toute procédure. Plus la situation est prise tôt, plus les solutions sont nombreuses : une fois la procédure ouverte, elles disparaissent. Premier échange par téléphone, sans engagement.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
Cabinet BAUMES · Me Vincent BAUMES, Avocat au Barreau de TOULOUSE · https://baumes-avocat.com/desendetter-exploitation-agricole.html