Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Entreprise en difficulté : agir avant la cessation des paiements
Plus les difficultés sont traitées tôt, plus les solutions sont nombreuses, discrètes et efficaces. Avant la cessation des paiements, plusieurs outils permettent de négocier avec vos créanciers et de protéger votre entreprise. Voici lesquels, et quand les utiliser.
Nos guides
Les signaux qui doivent alerter
- une trésorerie tendue en permanence, un découvert utilisé en continu ;
- des retards dans le paiement des cotisations sociales, des impôts ou des fournisseurs ;
- la perte d'un client important, une baisse durable de l'activité ;
- des pertes répétées, qui entament les capitaux propres.
Dès ces premiers signes, faites le point avec votre expert-comptable et votre avocat. Le Président du Tribunal peut d'ailleurs convoquer le dirigeant d'une entreprise dont les difficultés sont de nature à compromettre la continuité de l'exploitation, pour envisager avec lui les mesures propres à redresser la situation.
Depuis le 1er juillet 2026, cette détection s'appuie sur une source nouvelle : l'URSSAF et la MSA communiquent au Président du Tribunal de commerce ou du Tribunal judiciaire, sans que le secret professionnel y fasse obstacle, le montant des dettes des cotisants qui dépassent un certain seuil. Un décret doit encore fixer ce seuil et la fréquence de ces communications. Autrement dit, des retards de cotisations qui s'accumulent finissent par être connus du Tribunal : mieux vaut avoir pris les devants.
Obtenir des délais pour vos dettes fiscales et sociales
Si votre entreprise rencontre des difficultés passagères, votre service des impôts des entreprises et l'URSSAF peuvent vous accorder des délais de paiement, à condition notamment d'être à jour de vos déclarations.
Pour étaler l'ensemble de vos dettes fiscales et sociales en une seule démarche, vous pouvez saisir la commission des chefs des services financiers (CCSF) de votre département. La démarche est confidentielle, et le plan de règlement qu'elle établit suspend les poursuites des créanciers publics. Il faut pour cela être à jour de vos déclarations et avoir payé la part salariale des cotisations sociales.
Le mandat ad hoc : négocier sans publicité
À votre demande, le Président du Tribunal peut désigner un mandataire ad hoc, chargé d'une mission qu'il détermine : le plus souvent, négocier avec vos principaux créanciers. La procédure est souple et confidentielle.
Exemple : l'entreprise est à jour de ses règlements et elle doit cependant une grosse somme à un institutionnel, typiquement une banque. Vous souhaitez renégocier l'engagement avec uniquement cet institutionnel. Le mandat ad hoc peut s'envisager aux fins de renégocier.
Le mandat ad hoc n'est soumis à aucune durée légale : le Président du Tribunal détermine lui-même la mission. Rien n'est rendu public, et vous n'avez pas à informer votre comité social et économique. Vous pouvez proposer le nom du mandataire ; si votre société a un commissaire aux comptes, il est seulement informé de sa désignation.
La rémunération du mandataire ad hoc est fixée par le Président du Tribunal au moment de sa désignation, après avoir recueilli votre accord : vous en connaissez le montant avant que la mission ne commence.
Le mandat ad hoc a toutefois une limite : le mandataire négocie, il ne contraint personne. Aucune poursuite n'est suspendue, et aucun créancier n'est obligé d'accepter. Si un créancier vous poursuit déjà, ou s'il faut un accord d'ensemble, la conciliation offre des outils plus larges.
La conciliation
La conciliation est ouverte à l'entreprise qui éprouve une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et qui n'est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours. Le Président du Tribunal désigne un conciliateur, pour 4 mois au plus, prolongeables jusqu'à 5 mois, afin de trouver un accord amiable avec vos principaux créanciers.
L'accord peut être simplement constaté par le Président du Tribunal, à la demande des parties : il reste alors confidentiel. Il peut aussi, à votre demande, être homologué par le Tribunal : il devient alors public, mais ceux qui ont apporté à l'entreprise de l'argent frais, un bien ou un service pour lui permettre de poursuivre son activité seront payés par priorité si une procédure collective est ouverte ensuite.
L'homologation a un autre effet, rarement mis en avant : sauf fraude, le Tribunal ne pourra pas, par la suite, fixer la date de cessation des paiements à une date antérieure à la décision qui a homologué l'accord. Si une procédure collective devait suivre, la période exposée aux annulations s'en trouve limitée d'autant.
Pendant la conciliation, vous pouvez aussi demander au juge des délais de paiement face à un créancier qui vous a mis en demeure ou poursuivi, ou qui a refusé de différer son paiement à la demande du conciliateur. À défaut d'accord soumis au juge avant la fin de la mission du conciliateur, la conciliation prend fin, et une nouvelle ne peut pas être ouverte dans les 3 mois.
Pour les exploitations agricoles, sauf si elles sont exploitées par une société commerciale, le règlement amiable agricole remplace la conciliation : notre page consacrée aux exploitations agricoles le présente.
La procédure de sauvegarde
La sauvegarde est ouverte à l'entreprise qui, sans être en cessation des paiements, justifie de difficultés qu'elle n'est pas en mesure de surmonter. Comme le redressement judiciaire, elle gèle les dettes antérieures et suspend les poursuites ; après une période d'observation, le Tribunal peut arrêter un plan de 10 ans au plus (ou 15 ans pour les entreprises agricoles). Vous restez à la tête de votre entreprise, et les personnes physiques qui se sont portées caution de ses dettes peuvent se prévaloir du plan.
Lorsqu'une conciliation est en cours et qu'un projet de plan peut recueillir un soutien suffisamment large de vos créanciers, une sauvegarde accélérée permet de le faire arrêter en 4 mois au plus. Elle suppose des comptes certifiés par un commissaire aux comptes ou établis par un expert-comptable.
Face à un créancier : les délais de grâce
En dehors de toute procédure, le juge peut, compte tenu de votre situation et des besoins du créancier, reporter ou échelonner le paiement d'une dette dans la limite de deux ans. Sa décision suspend les procédures d'exécution engagées par ce créancier.
Le rôle de votre avocat
Votre avocat analyse avec vous la situation de l'entreprise, vous aide à choisir la solution la plus adaptée, prépare la demande et vous accompagne dans les négociations avec vos créanciers. Plus il intervient tôt, plus les solutions sont nombreuses.
Le premier échange, de 30 minutes par téléphone, est offert : il permet de faire le point sur votre situation. Pour ces missions, les honoraires sont fixés sur devis, dans une convention écrite.
Votre entreprise traverse des difficultés ?
Plus tôt vous agissez, plus les solutions sont nombreuses. Faites le point avec Me Vincent BAUMES.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
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