Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Reprendre une entreprise en redressement judiciaire
Racheter une entreprise placée en redressement judiciaire ne ressemble à aucune acquisition ordinaire. Vous ne négociez pas avec un vendeur : vous déposez une offre auprès du Tribunal, qui la compare aux autres et choisit. Le prix n'est pas le seul critère, votre offre vous engage dès son dépôt, et le jugement vous transfère des contrats que vous n'avez pas choisis.
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Ce que vous achetez, et ce que vous n'achetez pas
Un plan de cession ne transfère ni la société, ni ses dettes. Vous rachetez un ensemble d'éléments d'exploitation : le matériel, les stocks, la clientèle, les contrats nécessaires à l'activité, et les emplois qui s'y rattachent.
La loi assigne trois buts à cette opération : maintenir des activités susceptibles d'exploitation autonome, maintenir tout ou partie des emplois qui y sont attachés, et apurer le passif. Ces trois objectifs commandent tout le reste, à commencer par le choix de votre offre.
Les dettes nées avant l'ouverture de la procédure ne vous suivent pas : elles restent à la charge de la procédure et seront réglées, en tout ou en partie, sur le prix que vous versez. C'est l'avantage majeur de cette voie sur un rachat classique de parts sociales, où vous reprendriez le passif avec la société.
La cession peut être totale ou partielle. Dans ce second cas, elle porte sur un ensemble d'éléments formant une ou plusieurs branches complètes et autonomes d'activité : vous pouvez reprendre un site, une activité rentable, un réseau de points de vente, sans le reste.
Quand une entreprise en redressement peut-elle être cédée ?
La cession n'est pas l'issue normale d'un redressement judiciaire : elle intervient lorsque le redressement de l'entreprise par elle-même paraît compromis.
Le Tribunal peut ordonner la cession totale ou partielle de l'entreprise à la demande de l'administrateur judiciaire, lorsque les plans proposés apparaissent manifestement insusceptibles de permettre le redressement, ou en l'absence de tels plans.
La demande doit émaner de l'administrateur judiciaire. Or celui-ci n'est pas systématiquement désigné : le Tribunal n'y est pas tenu lorsque l'entreprise compte moins de vingt salariés et réalise moins de trois millions d'euros de chiffre d'affaires. Beaucoup de repreneurs en concluent, à tort, que la reprise est fermée dans les petites entreprises.
Elle ne l'est pas. La dispense n'est pas une interdiction, et le Tribunal conserve la faculté de nommer un administrateur judiciaire jusqu'au jugement arrêtant le plan, à la demande du débiteur, du mandataire judiciaire ou du ministère public. C'est la voie suivie en pratique lorsqu'un repreneur sérieux se manifeste : on sollicite cette désignation, et l'administrateur conduit ensuite les formalités de la cession.
Retenez-en une conséquence concrète : vous ne pouvez pas présenter cette demande vous-même, puisque la loi ne vous cite pas parmi ceux qui peuvent la former. Faire connaître votre intérêt au mandataire judiciaire, sérieusement et par écrit, est donc la première démarche utile.
Le Tribunal n'est pas tenu d'attendre la fin de la période d'observation pour arrêter un plan de cession. À l'inverse, une fois la cession ordonnée, deux issues seulement : un plan de redressement est arrêté au profit du débiteur, ou le Tribunal prononce la liquidation judiciaire. Les biens non compris dans votre reprise sont alors vendus séparément.
Votre offre de reprise : ce qu'elle doit contenir
Lorsque le Tribunal estime la cession envisageable, il autorise la poursuite de l'activité et fixe le délai dans lequel les offres doivent parvenir au liquidateur et, s'il en a été désigné un, à l'administrateur judiciaire. Ce délai est court : quelques semaines tout au plus.
Toute offre doit être écrite et comporter neuf indications :
- la désignation précise des biens, des droits et des contrats inclus dans l'offre ;
- les prévisions d'activité et de financement ;
- le prix offert, les modalités de règlement, la qualité des apporteurs de capitaux et, le cas échéant, de leurs garants ; si vous recourez à l'emprunt, ses conditions, en particulier de durée ;
- la date de réalisation de la cession ;
- le niveau et les perspectives d'emploi justifiés par l'activité considérée ;
- les garanties souscrites en vue d'assurer l'exécution de l'offre ;
- les prévisions de cession d'actifs au cours des deux années suivant la cession ;
- la durée de chacun des engagements que vous prenez ;
- les modalités de financement des garanties financières, lorsque la réglementation environnementale les impose.
Une fois déposée, votre offre ne peut plus être retirée, ni modifiée autrement que dans un sens plus favorable aux objectifs de la cession. Elle vous lie jusqu'à la décision du Tribunal. C'est la différence la plus déroutante avec une négociation ordinaire : vous vous engagez avant de savoir si vous êtes choisi.
Les offres reçues sont déposées au greffe, où tout intéressé peut en prendre connaissance, et communiquées au débiteur, au représentant des salariés et aux contrôleurs.
Qui ne peut pas se porter repreneur
La loi ferme la porte à ceux qui pourraient être tentés de racheter l'entreprise débarrassée de ses dettes. Ne sont pas admis à présenter une offre, directement ou par personne interposée :
- le débiteur lui-même, au titre de l'un quelconque de ses patrimoines ;
- les dirigeants de droit ou de fait de la personne morale ;
- leurs parents ou alliés jusqu'au deuxième degré inclusivement, ou ceux du débiteur personne physique ;
- les personnes ayant ou ayant eu la qualité de contrôleur au cours de la procédure.
L'interdiction ne s'arrête pas au jugement : ces mêmes personnes ne peuvent pas acquérir, dans les cinq années suivant la cession, tout ou partie des biens cédés, ni les parts ou titres d'une société qui les détiendrait. Tout acte passé en violation de ces règles est annulé à la demande de tout intéressé ou du ministère public, dans un délai de trois ans.
Deux tempéraments existent. Pour une exploitation agricole, le Tribunal peut déroger à ces interdictions. Dans les autres cas, il peut le faire sur requête du ministère public, par un jugement spécialement motivé, après avis des contrôleurs. Le débiteur et les contrôleurs restent exclus dans tous les cas.
Comment le Tribunal choisit : le prix ne décide pas seul
C'est le point que les repreneurs comprennent le plus mal. Le Tribunal ne retient pas l'offre la plus élevée, mais celle qui permet, dans les meilleures conditions, d'assurer le plus durablement l'emploi attaché à l'ensemble cédé, le paiement des créanciers, et qui présente les meilleures garanties d'exécution.
Une offre moins-disante mais mieux financée, plus crédible sur l'emploi et mieux garantie l'emporte régulièrement sur une offre plus généreuse. La qualité de vos garanties et le réalisme de vos prévisions d'emploi pèsent donc autant que le montant.
Le Tribunal statue après avoir recueilli l'avis du ministère public et entendu le débiteur, le liquidateur, l'administrateur, les personnes désignées par le comité social et économique et les contrôleurs. Le jugement qui arrête le plan en rend les dispositions applicables à tous.
Un avantage souvent ignoré du repreneur : les droits de préemption institués par le Code rural et de la pêche maritime ou par le Code de l'urbanisme ne peuvent pas s'exercer sur un bien compris dans le plan. Personne ne viendra se substituer à vous sur un terrain ou un local.
Les contrats et les salariés qui vous suivent
Le Tribunal détermine les contrats de crédit-bail, de location ou de fourniture de biens ou services nécessaires au maintien de l'activité, au vu des observations des cocontractants. Le jugement qui arrête le plan emporte cession de ces contrats : ils vous sont transférés sans que le cocontractant puisse s'y opposer.
Ces contrats doivent être exécutés aux conditions en vigueur au jour de l'ouverture de la procédure, nonobstant toute clause contraire. Les clauses qui prévoyaient une résiliation ou une renégociation en cas de procédure collective sont donc privées d'effet.
Trois précisions intéressent particulièrement le repreneur. Toute clause imposant au cessionnaire d'un bail des dispositions solidaires avec le cédant est réputée non écrite. Si un bail commercial figure dans le plan, le Tribunal peut vous autoriser à adjoindre à l'activité prévue au contrat des activités connexes ou complémentaires, après avoir entendu le bailleur. Enfin, en cas de cession d'un crédit-bail, vous ne pourrez lever l'option d'achat qu'en payant les sommes restant dues, dans la limite de la valeur du bien fixée d'un commun accord ou, à défaut, par le Tribunal.
Côté salariés, le plan précise les licenciements pour motif économique qui doivent intervenir dans le délai d'un mois après le jugement, sur simple notification du liquidateur ou de l'administrateur, sous réserve des droits de préavis. Les salariés que vous ne reprenez pas ne sont donc pas licenciés par vous : ils le sont dans le cadre de la procédure, et l'AGS, le régime qui garantit le paiement des salaires lorsque l'entreprise ne peut plus les verser, prend en charge les créances dans certaines limites.
Ce que le paiement du prix efface
Vous rachetez des biens qui sont, le plus souvent, grevés d'hypothèques, de gages ou de nantissements. La loi organise leur sort de façon protectrice pour le repreneur.
Le Tribunal affecte à chaque bien grevé une quote-part du prix, déterminée au vu de l'inventaire et de la prisée des actifs. Le paiement du prix de cession fait alors obstacle à l'exercice, contre vous, des droits des créanciers inscrits sur ces biens. Le paiement complet emporte purge des inscriptions.
Une exception importante doit être connue avant de chiffrer votre offre : la charge des sûretés réelles spéciales qui garantissaient un crédit consenti pour financer un bien vous est transmise avec ce bien. Vous devez alors régler au créancier, s'il a régulièrement déclaré sa créance, les échéances restant dues à compter du transfert. Le débiteur en est libéré. Un accord entre vous et le créancier peut écarter cette règle.
Enfin, le droit de rétention acquis par un créancier sur un bien compris dans la cession n'est pas affecté : celui qui détient légitimement la chose peut continuer à la retenir.
Vos obligations après le jugement
Le plan de cession ne s'achève pas au jugement : il s'exécute, et le Tribunal en garde le contrôle.
Tant que le prix n'est pas intégralement payé, vous ne pouvez ni aliéner, ni donner en location-gérance les biens acquis, à l'exception des stocks. Le Tribunal peut vous y autoriser, après rapport du liquidateur et consultation du comité social et économique, en tenant compte des garanties que vous offrez.
Le Tribunal peut aussi décider, dans le jugement, que tout ou partie des biens cédés ne pourront pas être aliénés sans son autorisation pendant une durée qu'il fixe. Cette inaliénabilité temporaire fait l'objet d'une publicité.
Si vous souhaitez vous substituer une société que vous constituez pour l'occasion, cette substitution doit être autorisée par le Tribunal dans le jugement arrêtant le plan : elle ne s'improvise pas après coup. Vous restez alors garant solidaire de l'exécution des engagements souscrits.
Vous rendez compte au liquidateur de l'application du plan. Si vous n'exécutez pas vos engagements, le Tribunal peut en prononcer la résolution, sans préjudice de dommages et intérêts — et le prix que vous avez payé reste acquis. Une modification substantielle des objectifs et des moyens du plan ne peut être décidée que par le Tribunal, à votre demande ; le montant du prix, lui, ne peut jamais être modifié.
Le rôle de votre avocat
Une reprise en procédure collective se joue avant le dépôt de l'offre. Une fois celle-ci déposée, elle ne peut plus être retirée ni revue à la baisse, et le Tribunal statue sur ce qu'il a sous les yeux.
Le cabinet accompagne les repreneurs dans les processus de rachat d'entreprises placées en procédure collective. L'avocat intervient en amont : il examine le dossier auprès du mandataire ou de l'administrateur judiciaire, mesure ce qui est réellement cédé, repère les sûretés dont la charge vous serait transmise, vérifie le sort du bail et des contrats nécessaires, chiffre les engagements d'emploi, et rédige une offre conforme aux neuf mentions imposées par la loi. Il vous assiste ensuite à l'audience et, une fois le plan arrêté, dans son exécution.
Le cabinet, installé à Toulouse, intervient auprès des Tribunaux de commerce et judiciaires de Toulouse, Foix, Albi, Castres, Montauban, Auch, Agen, Tarbes, Pau, Carcassonne et Narbonne, ainsi que devant le Tribunal judiciaire de Saint-Gaudens.
Les honoraires de cette mission sont fixés sur devis.
Vous envisagez de reprendre une entreprise en difficulté ?
Faites examiner le dossier avant de déposer votre offre : une fois déposée, elle vous lie jusqu'à la décision du Tribunal et ne peut plus être revue à la baisse.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
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