Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Racheter une entreprise ou des actifs en liquidation judiciaire
Une entreprise en liquidation judiciaire n'est pas forcément une entreprise vide. Son fonds de commerce, son matériel, ses véhicules, ses murs sont vendus, parfois son activité entière est reprise. Mais rien ne se négocie avec le dirigeant : c'est le liquidateur qui vend, sous le contrôle du Juge-commissaire, et vous achetez sans presque aucun recours si le bien vous déçoit.
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Deux façons d'acheter, à ne pas confondre
La liquidation judiciaire est destinée à mettre fin à l'activité de l'entreprise ou à réaliser le patrimoine du débiteur par une cession globale ou séparée de ses droits et de ses biens. Ces deux mots — globale ou séparée — recouvrent deux opérations très différentes.
La cession globale, c'est le plan de cession : vous reprenez une activité qui tourne encore, avec ses contrats, son bail, une partie de ses salariés. Elle suppose que l'activité ait été maintenue après le jugement de liquidation, ce qui n'est pas le cas le plus fréquent.
La cession séparée, c'est le rachat d'actifs isolés : le fonds de commerce, le droit au bail, une machine, un parc de véhicules, un stock, un immeuble. C'est la voie la plus courante, et celle qui s'ouvre le plus souvent aux repreneurs des petites entreprises.
Les règles ne sont pas les mêmes : dans le premier cas, c'est le Tribunal qui arrête un plan ; dans le second, c'est le Juge-commissaire, le juge chargé de veiller au bon déroulement de la procédure, qui ordonne ou autorise chaque vente.
Reprendre l'entreprise entière : le plan de cession
Lorsque l'activité est maintenue, le Tribunal peut arrêter un plan de cession au profit d'un repreneur, exactement comme en redressement judiciaire. Les règles sont d'ailleurs les mêmes : elles figurent dans la partie du Code de commerce consacrée à la liquidation, et c'est le redressement qui y renvoie.
Vous déposez une offre écrite, dans le délai fixé par le Tribunal, comportant neuf mentions obligatoires. Elle ne peut être ni retirée, ni modifiée à la baisse. Le Tribunal retient celle qui assure le plus durablement l'emploi, le paiement des créanciers, et qui présente les meilleures garanties d'exécution. Les contrats nécessaires au maintien de l'activité vous sont transférés par le jugement, et le paiement du prix purge les inscriptions grevant les biens.
Une différence pratique mérite d'être signalée : lorsque la cession comprend un fonds de commerce, aucune surenchère n'est admise. Le plan arrêté par le Tribunal est définitif sur ce point, ce qui sécurise le repreneur.
Racheter des biens isolés : qui décide, et comment
Pour tout ce qui n'entre pas dans un plan de cession, la règle est simple : c'est le Juge-commissaire qui décide de la façon dont le bien sera vendu. Il a le choix entre deux voies.
Il peut ordonner la vente aux enchères publiques. Il peut aussi autoriser la vente de gré à gré, aux prix et conditions qu'il détermine, lorsque cette vente est de nature à garantir les intérêts du débiteur. Dans ce second cas, il peut demander que le projet de vente lui soit soumis afin de vérifier que ses conditions ont été respectées.
C'est le liquidateur, et lui seul, qui conduit les opérations. Le dirigeant, dessaisi par le jugement de liquidation, ne peut plus rien vendre : un accord conclu directement avec lui n'aurait aucune valeur. Si l'on vous propose d'acheter du matériel « avant que le liquidateur ne s'en occupe », refusez.
Concrètement, vous adressez votre proposition écrite au liquidateur. Si elle retient son attention, il saisit le Juge-commissaire d'une requête. L'ordonnance rendue fixe le prix et les conditions ; la vente ne peut être conclue qu'ensuite. Une vente de gré à gré autorisée sans aucune publicité préalable a été jugée constitutive d'un excès de pouvoir : la mise en concurrence n'est pas une formalité, c'est une garantie — y compris pour vous, puisqu'elle sécurise votre acquisition.
Au-delà de ces règles communes, chaque liquidateur a sa pratique. Certains vous demanderont de consigner une partie du prix avant même de transmettre la requête au Juge-commissaire. Prévoyez donc la trésorerie correspondante, et renseignez-vous sur les exigences propres au liquidateur du dossier avant de vous engager.
Les murs, les terrains, les locaux
Les immeubles suivent un régime particulier. Le principe est la vente par adjudication judiciaire, selon les règles des procédures civiles d'exécution. Le Juge-commissaire fixe la mise à prix et les conditions essentielles de la vente.
Mais il dispose d'une souplesse utile aux acquéreurs : si la consistance des biens, leur emplacement ou les offres reçues permettent une cession amiable dans de meilleures conditions, il peut ordonner la vente par adjudication amiable sur une mise à prix qu'il fixe, ou autoriser la vente de gré à gré aux prix et conditions qu'il détermine.
Attention en cas d'adjudication amiable : il peut toujours être fait surenchère. Vous pouvez donc être déclaré adjudicataire, puis voir un tiers surenchérir. Ce risque n'existe pas dans un plan de cession comprenant un fonds de commerce.
Le paiement du prix au liquidateur et des frais de la vente emporte purge des hypothèques et de tout privilège du chef du débiteur : vous devenez propriétaire d'un bien libéré de ses inscriptions. Tant que vous n'avez pas payé, vous ne pouvez accomplir aucun acte de disposition sur le bien, à une exception près : constituer une hypothèque accessoire au prêt destiné à financer cette acquisition — ce qui permet précisément de la financer.
Le point décisif : vous achetez en l'état, sans recours
C'est la règle que les acheteurs découvrent trop tard, et elle change tout.
Le Code civil écarte la garantie des vices cachés dans les ventes faites par autorité de justice. Si le matériel que vous venez d'acheter est hors d'usage, si l'installation n'est pas aux normes, si le stock est inutilisable, vous n'avez aucune action contre le vendeur.
On pourrait croire que cette règle ne vise que les enchères. Il n'en est rien. La Cour de cassation a jugé que la cession de gré à gré des actifs du débiteur en liquidation judiciaire, qui doit être autorisée par le Juge-commissaire aux prix et conditions qu'il détermine, est une vente faite d'autorité de justice. Elle en a tiré une conséquence sévère : une telle vente ne peut pas être annulée pour dol. Autrement dit, même si l'on vous a trompé sur la consistance du bien, vous ne récupérez pas votre argent en faisant annuler la vente.
Un seul recours subsiste, et il est étroit : rechercher la responsabilité personnelle du liquidateur. Cela suppose de démontrer une faute de sa part, ce qui est rare et long.
La conséquence pratique est simple : tout se joue avant. Visiter, faire expertiser, lire l'inventaire, interroger le liquidateur par écrit, vérifier l'état des inscriptions et les revendications en cours coûte toujours moins cher que de découvrir le problème après l'ordonnance.
Qui ne peut pas acheter
Les interdictions qui valent pour le plan de cession s'appliquent aussi aux ventes d'actifs isolés. Ne peuvent pas acquérir : le débiteur, les dirigeants de droit ou de fait, leurs parents ou alliés jusqu'au deuxième degré, et les personnes ayant eu la qualité de contrôleur dans la procédure.
Le Juge-commissaire peut déroger à ces interdictions, sur requête du ministère public, par une ordonnance spécialement motivée — sauf au profit des contrôleurs et du débiteur, qui restent exclus en toute hypothèse.
Un régime plus souple existe pour les actifs mobiliers de faible valeur nécessaires aux besoins de la vie courante, pour les biens d'une exploitation agricole, ainsi que pour les ventes aux enchères publiques et les adjudications amiables.
Si vous êtes proche du dirigeant, ne dissimulez pas ce lien : tout acte passé en violation de ces règles peut être annulé pendant trois ans, à la demande de tout intéressé ou du ministère public.
Les pièges à vérifier avant d'acheter
Quatre vérifications évitent l'essentiel des mauvaises surprises.
- Le bien appartient-il vraiment au débiteur ? Le liquidateur ne peut vendre que les biens du débiteur. Un bien loué, en crédit-bail ou vendu sous réserve de propriété peut être revendiqué par son propriétaire : le Juge-commissaire ne peut pas autoriser la vente d'un bien faisant l'objet d'une revendication recevable et fondée.
- Un créancier détient-il le bien ? Le droit de rétention subsiste. En cas de vente par le liquidateur, il est de plein droit reporté sur le prix, mais le bien peut n'être matériellement disponible qu'ensuite.
- Que devient le bail commercial ? Hors plan de cession, sa cession obéit aux clauses du contrat.
- Quel est l'état réel du bien ? Puisque aucune garantie ne vous couvre, l'inventaire et la prisée établis dans la procédure sont vos seuls repères : demandez-les, et faites-les vérifier.
À ces quatre points s'ajoute une question propre au rachat d'une activité : celle du sort des contrats de travail. Elle dépend de ce que vous reprenez réellement et mérite un examen au cas par cas.
Le rôle de votre avocat
Acheter en liquidation judiciaire est une opération rapide, encadrée et sans filet. Les délais sont courts, l'interlocuteur n'est pas un vendeur mais un mandataire de justice, et la loi vous prive des recours ordinaires de l'acheteur déçu.
Le cabinet accompagne les repreneurs dans les processus de rachat en liquidation judiciaire. L'avocat examine ce qui est réellement vendu, vérifie l'origine de propriété et les revendications en cours, lit l'inventaire, mesure les inscriptions qui seront purgées et celles qui ne le seront pas, apprécie le sort du bail et des contrats, puis rédige votre proposition au liquidateur dans les termes qui permettront au Juge-commissaire de l'autoriser. Il suit ensuite la requête jusqu'à l'ordonnance et la conclusion de la vente.
Le cabinet, installé à Toulouse, intervient auprès des Tribunaux de commerce et judiciaires de Toulouse, Foix, Albi, Castres, Montauban, Auch, Agen, Tarbes, Pau, Carcassonne et Narbonne, ainsi que devant le Tribunal judiciaire de Saint-Gaudens.
Les honoraires de cette mission sont fixés sur devis.
Un bien ou une activité vous intéresse dans une liquidation ?
Faites examiner le dossier avant de proposer un prix : la vente est autorisée par le Juge-commissaire, et une fois conclue, elle ne s'annule pratiquement pas.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
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