Publié le , par Me Vincent BAUMES
Faire résilier un contrat qui étouffe l'entreprise : son coût n'entre pas en compte
Cour de cassation, chambre commerciale, 9 septembre 2026, n° 24-21.555, publié au BulletinLire la décision : Cour de cassation
À l'ouverture d'une procédure, les contrats en cours se poursuivent : c'est la règle, et elle protège l'entreprise. Mais il arrive qu'un contrat soit précisément ce qui l'empêche de s'en sortir. Depuis 2008, l'article L. 622-13, IV, du Code de commerce permet alors de demander au Juge-commissaire d'y mettre fin par anticipation. Deux conditions, posées par le texte : la rupture doit être « nécessaire à la sauvegarde du débiteur » et ne pas causer « une atteinte excessive aux intérêts du cocontractant ». En liquidation judiciaire, la même faculté figure à l'article L. 641-11-1, IV.
Dans cette affaire, une société exploitant un magasin sous enseigne Carrefour avait été placée en sauvegarde. Elle était liée au franchiseur, Carrefour proximité France, par un contrat de franchise, et à la centrale d'achat CSF par un contrat d'approvisionnement. L'administrateur judiciaire a saisi le Juge-commissaire pour obtenir la résiliation des deux contrats ; il l'a obtenue, et la Cour d'appel a confirmé. Les sociétés du groupe se sont pourvues en cassation, en soutenant que le juge aurait dû mesurer d'abord ce que la rupture allait coûter : une indemnité, dont une sentence arbitrale avait déjà fixé le montant.
L'argument est écarté. La Cour de cassation énonce que « l'appréciation du caractère nécessaire de la résiliation par le juge-commissaire doit se faire au regard des objectifs de la procédure de sauvegarde, indépendamment des indemnités qui seraient dues au cocontractant en réparation de la résiliation, lesquelles relèvent de la procédure, distincte, de vérification et d'admission des créances ». Elle approuve ensuite les juges du fond d'avoir retenu que la centrale lui facturait ses marchandises à un prix supérieur à celui de la concurrence, que cette politique tarifaire ne laissait pas au magasin de quoi équilibrer ses comptes, et que les prévisionnels démontraient qu'un changement d'enseigne était le seul moyen de retrouver de la rentabilité et d'apurer les dettes. Quant au franchiseur, il n'avait pas démontré que ce départ lui causerait un déséquilibre irrémédiable.
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Cabinet BAUMES · Me Vincent BAUMES, Avocat au Barreau de TOULOUSE · https://baumes-avocat.com/actualites/resiliation-contrat-franchise-sauvegarde-indemnites