Me Vincent BAUMES, avocat au Barreau de TOULOUSE · Mise à jour le
Faire appel d'un jugement de liquidation judiciaire
Le jugement qui prononce la liquidation judiciaire s'applique dès le jour où il est rendu, même si vous en faites appel. Vous disposez de dix jours pour interjeter appel, et l'appel seul ne suspend rien : pour arrêter la liquidation pendant l'instance, il faut aussi saisir le Premier Président de la Cour d'appel, en référé.
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Dix jours pour interjeter appel
Le délai d'appel est de dix jours. Il court à compter de la notification du jugement, que le greffe du Tribunal vous adresse par lettre recommandée avec avis de réception, et non à compter de sa publication au BODACC.
Ce délai vaut quelle que soit la façon dont la liquidation a été prononcée : à l'ouverture de la procédure, au cours de la période d'observation d'un redressement judiciaire, ou à la suite de la résolution d'un plan.
Lorsque l'entreprise est une société, c'est elle qui interjette appel, par son représentant légal. Le dessaisissement ne l'en empêche pas : le droit de contester le jugement qui la place en liquidation lui reste propre. Selon le cas, le créancier qui a demandé la liquidation, l'administrateur ou le mandataire judiciaire, le comité social et économique et le ministère public peuvent aussi interjeter appel.
Dix jours passent vite : il faut lire le jugement, réunir les pièces et déclarer l'appel. Consultez un avocat dès que vous avez connaissance de la décision, sans attendre la lettre du greffe.
L'appel ne suspend pas la liquidation
Les jugements rendus en matière de liquidation judiciaire sont exécutoires de plein droit à titre provisoire. Votre appel, même formé le lendemain du jugement, ne change donc rien à son application : le liquidateur est en place et vous restez dessaisi ; l'activité cesse, sauf si le Tribunal a autorisé son maintien ; les salariés peuvent être licenciés et les biens de l'entreprise vendus.
Or la Cour d'appel statue plusieurs mois après le jugement. Si rien n'est fait entre-temps, il peut ne plus rester grand-chose à sauver le jour où elle rend sa décision : les ventes réalisées et les licenciements prononcés avant une décision de suspension ne sont pas remis en cause.
Seul l'appel du ministère public suspend de plein droit le jugement de liquidation.
Le référé devant le Premier Président : suspendre la liquidation pendant l'appel
Pour que la liquidation ne produise pas ses effets pendant l'appel, il faut demander au Premier Président de la Cour d'appel d'arrêter l'exécution provisoire du jugement. Cette demande se fait en référé, une fois l'appel déclaré, par une assignation délivrée au liquidateur et aux autres parties. Elle doit être engagée sans attendre : tant que le Premier Président n'a pas statué, la liquidation continue de produire ses effets.
En matière de procédures collectives, une seule condition est exigée : que les moyens présentés à l'appui de l'appel paraissent sérieux. Contrairement au droit commun, il n'est pas nécessaire de démontrer que l'exécution du jugement entraînerait des conséquences manifestement excessives. Le Premier Président examine donc, dès ce stade, les chances de succès de l'appel.
En pratique, les situations suivantes peuvent constituer des moyens sérieux :
- le jugement ne dit pas sur quels éléments le Tribunal s'est fondé pour juger le redressement impossible ;
- l'entreprise n'a pas été régulièrement convoquée à l'audience, ou n'a pas pu y discuter les éléments produits contre elle ;
- l'entreprise justifie d'une situation meilleure que celle retenue par le Tribunal : activité réelle, comptes créditeurs, cotisations à jour, résultats positifs, contrats et factures en cours, projet de plan.
À l'inverse, des affirmations sans pièces, un prévisionnel dont l'auteur n'est pas identifié ou des fonds détenus par un tiers dont la disponibilité immédiate n'est pas établie ne suffisent pas. Chaque demande est appréciée au cas par cas, à partir des pièces produites.
Si l'exécution provisoire est arrêtée, la liquidation est suspendue sans être effacée : le liquidateur reste en fonction, mais il ne peut plus vendre les biens de l'entreprise et se limite aux actes conservatoires et à la vérification des créances. Lorsque la liquidation a été prononcée au cours d'une période d'observation, celle-ci est prolongée jusqu'à l'arrêt de la Cour. Pour l'entrepreneur individuel, l'interdiction d'exercer une activité indépendante pendant la liquidation est elle aussi suspendue.
Ce que peut décider la Cour d'appel
Tout dépend de ce que demande l'appel : l'infirmation du jugement, c'est-à-dire sa réformation sur le fond, ou son annulation pour une irrégularité de procédure.
Lorsque l'appel tend à l'infirmation du jugement, la Cour rejuge l'affaire, en fait et en droit. Elle apprécie la cessation des paiements et les chances de redressement au jour où elle statue, et non au jour du jugement, mais seulement à partir des pièces produites avant la clôture des débats : une note ou un justificatif envoyé après l'audience n'est examiné que si la Cour l'a demandé. La Cour de cassation l'a rappelé le 4 mars 2026.
Pendant l'appel, l'entreprise reste dessaisie : elle ne peut pas payer elle-même ses créanciers. Les fonds doivent donc venir d'autres qu'elle, par exemple de ses associés, et les délais être accordés par les créanciers. Tout doit être réalisé, et justifié par pièces, avant l'audience : à cette condition, la cessation des paiements peut avoir disparu le jour où la Cour statue.
L'appel peut aussi discuter la date de cessation des paiements fixée par le Tribunal, qui ouvre la période suspecte et sert à mesurer le respect du délai de 45 jours. C'est une autre question : cette date doit être établie chiffres à l'appui, en appel comme en première instance.
Si la Cour confirme le jugement, la liquidation se poursuit. Si elle l'infirme, la liquidation tombe. La Cour peut alors ouvrir elle-même un redressement judiciaire ou, si la liquidation avait été prononcée au cours d'un redressement, ouvrir une nouvelle période d'observation de trois mois au plus : l'entreprise peut ainsi présenter un plan.
Lorsque l'appel tend à l'annulation du jugement, deux cas se présentent. Si l'irrégularité affecte l'acte qui a saisi le Tribunal, c'est-à-dire l'assignation du créancier ou la requête, la Cour annule sans rejuger le fond : la liquidation tombe avec le jugement, sauf nouvelle assignation. Si l'irrégularité est d'une autre nature, par exemple un jugement non motivé, la Cour qui annule le jugement doit statuer elle-même sur le fond, et elle peut alors prononcer à son tour la liquidation.
Comment se déroule l'appel
L'appel se forme par une déclaration au greffe de la Cour d'appel, faite par un avocat : la représentation est obligatoire. Tous les mandataires de justice doivent être intimés, c'est-à-dire mis en cause dans l'appel : le liquidateur, mais aussi, lorsque la liquidation fait suite à un redressement judiciaire, l'administrateur judiciaire désigné à l'ouverture de celui-ci, même si le jugement de liquidation a mis fin à ses fonctions. Un oubli peut rendre l'appel irrecevable. Le procureur général est avisé de la date de l'audience.
L'affaire est en principe instruite selon la procédure à bref délai : les échanges d'écritures et de pièces entre les parties sont enfermés dans des délais courts, avant l'audience de plaidoirie.
Le rôle de votre avocat
Me Vincent BAUMES lit le jugement et le dossier de première instance pour identifier les moyens d'appel, puis interjette appel dans le délai et met en cause les mandataires de justice.
Lorsque la situation le justifie, il saisit dans le même temps le Premier Président d'une demande d'arrêt de l'exécution provisoire, avec les pièces qui montrent la situation réelle de l'entreprise : comptes, relevés bancaires, attestations des organismes sociaux et fiscaux, contrats, projet de plan.
Les honoraires sont établis sur devis, dans une convention d'honoraires écrite.
Un jugement de liquidation vient d'être rendu ?
Le délai d'appel est de dix jours à compter de la notification. Appelez Me Vincent BAUMES dès que vous recevez le jugement : chaque jour compte pour préparer l'appel et, s'il y a lieu, la demande au Premier Président.
Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas une consultation.
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